Reprendre le sport après une longue pause ou une tendinopathie : comment éviter de se blesser à nouveau

La reprise du sport après une longue période d’inactivité, ou après une douleur comme une tendinopathie, est un moment charnière. C’est souvent à ce moment précis que la douleur revient — parfois plus forte qu’avant l’arrêt.

Une situation revient très souvent en cabinet :

« Depuis ma tendinite, j’ai arrêté le sport »

C’est une phrase que j’entends régulièrement chez mes patients. La douleur s’était calmée après quelques semaines de repos. La reprise s’est faite normalement, comme avant l’arrêt — et la douleur est revenue, parfois pire qu’au départ.

Résultat : un nouvel arrêt, par peur de « se refaire mal ». Ce cercle peut durer des mois, parfois des années, alors qu’il existe aujourd’hui des repères simples, validés par la recherche, pour reprendre progressivement sans se blesser à nouveau.

Que se passe-t-il dans le corps pendant une période
d’inactivité ?

La plupart de mes patients pensent la même chose : « ma douleur a disparu, donc mon corps est reparti comme avant ». Logique… mais pas tout à fait exact. Un peu comme une corde de guitare qu’on ne joue plus pendant quelques semaines et qui se détend, votre corps se « désaccorde » lui aussi pendant une pause. Dès deux semaines d’arrêt :

  • votre tendon devient moins raide, donc moins capable d’encaisser une charge lourde ou
  • un geste explosif
  • votre muscle perd un peu de volume, et votre cerveau devient moins efficace pour le
  • piloter finement
  • votre souffle (le fameux VO2max) diminue déjà, même après deux petites semaines

Rien de dramatique — c’est juste que votre corps n’est plus calibré pour l’intensité d’avant. Le problème, ce n’est pas de reprendre le sport. C’est de reprendre exactement là où vous vous étiez arrêté, comme si rien ne s’était passé entre-temps. C’est précisément cet écart qui provoque la plupart des rechutes que je vois en cabinet.

Faut-il attendre la disparition totale de la douleur avant de reprendre ?

C’est l’idée reçue la plus fréquente que j’entends en cabinet : « je préfère attendre de
n’avoir plus du tout mal avant de reprendre ». C’est une intention louable, mais elle joue
souvent contre vous : plusieurs études sur les tendinopathies montrent qu’une reprise trop
tardive
et trop prudente peut au contraire freiner la récupération, en laissant le tendon
continuer à se désadapter.

Alors comment savoir jusqu’où aller sans risquer d’aggraver les choses ? C’est exactement
pour répondre à cette question qu’un outil très simple a été développé par la recherche —
celui que j’explique à chacun de mes patients qui reprend une activité.

Le feu tricolore de la douleur : l’outil pour reprendre en sécurité

Vous connaissez déjà ce système : c’est celui qui régule la circulation à chaque carrefour. Appliqué à la douleur, il devient un repère simple à utiliser pendant votre séance, mouvement par mouvement. Ce modèle a été décrit pour la première fois par Silbernagel et ses collègues en 2007, dans une étude sur la tendinopathie d’Achille — et il n’a rien d’une mode passagère : un consensus international d’experts publié en 2025 dans le British Journal of Sports Medicine le confirme toujours comme référence pour piloter l’exercice en tendinopathie. L’idée à retenir avant tout : sentir un peu de douleur pendant l’effort n’est pas un signal d’alarme en soi. Ce qui compte vraiment, c’est ce qu’elle devient après.

  • Vert, je fonce. Pas de douleur, ou une gêne à peine perceptible qui ne bouge pas pendant l’effort. Rien à changer.
  • Orange, je garde un œil dessus. Ça tire un peu pendant l’effort (jusqu’à 5 sur 10, pas plus), mais ça disparaît dès que vous vous arrêtez, et le lendemain matin, plus rien. C’est un feu orange qui reste ouvert : vous pouvez continuer.
  • Rouge, on coupe. La douleur est vive, elle ne redescend pas au repos, elle grimpe pendant la séance, ou elle est encore là le lendemain. Là, on arrête ce mouvement précis et on redescend d’un cran, au palier orange.

Concrètement, ça veut dire que vous n’avez pas besoin d’être à zéro douleur pour vous entraîner. Vous avez juste besoin de savoir lire ces trois signaux, séance après séance.

Quelle progression adopter après une longue pause ?

Mains tenant raquette tennis balle jaune terre battue

Le feu tricolore vous dit quand freiner. Il reste une deuxième question : à quelle vitesse remonter en charge ? Un peu comme un budget qu’on ne dépense pas d’un coup après une rentrée d’argent, mieux vaut étaler l’effort dans le temps. Sur ce point, on peut s’appuyer sur les recommandations conjointes de deux organismes de référence en préparation physique et en médecine du sport aux États-Unis, la NSCA et la CSCCa — un peu l’équivalent, pour les préparateurs physiques et coachs sportifs, de ce que la Haute Autorité de Santé représente pour les médecins en France. Leur consensus sur la reprise après une période d’inactivité (2019) tient en trois principes :

  • ne jamais reprendre au niveau où l’on s’était arrêté
  • redémarrer avec une charge, un volume et une intensité réduits
  • augmenter progressivement, sur plusieurs semaines et non sur plusieurs séances

Cette progressivité laisse au tendon et au muscle le temps de se réadapter entre deux séances, plutôt que d’accumuler une charge qu’ils ne sont pas encore en mesure d’absorber.

Exemple concret : reprendre la musculation après une tendinopathie d’épaule

Prenons le cas d’un pratiquant habitué à la musculation, avec des charges lourdes au développé couché, qui a dû arrêter à cause d’une douleur d’épaule évocatrice d’une tendinopathie de la coiffe des rotateurs.

  • Étape 1 : recharger le tendon en isométrique. On commence par des contractions isométriques, c’est-à-dire une mise en tension du muscle sans mouvement de l’épaule — par exemple en poussant contre un élastique tendu à hauteur de poitrine, ou en pressant les paumes l’une contre l’autre. Cette étape dure généralement une à deux semaines et vise à calmer la douleur tout en réhabituant le tendon à la charge.
  • Étape 2 : reprise du mouvement à charge réduite. Le développé couché est repris avec une charge nettement inférieure à celle utilisée avant l’arrêt, coudes resserrés plutôt qu’écartés pour limiter le stress sur l’épaule, en restant en zone verte ou orange de douleur Cette phase s’étale généralement sur deux à quatre semaines.
  • Étape 3 : progression selon la tolérance. La charge est augmentée d’une séance à l’autre, jamais au sein d’une même séance, en se basant sur le feu tricolore de la douleur plutôt que sur un calendrier fixe. Cette phase peut durer plusieurs semaines à plusieurs mois selon la sévérité initiale et la réponse individuelle.

Ces durées restent indicatives : elles doivent être ajustées selon la tolérance de chacun, et non suivies comme un protocole rigide.

Quand consulter avant de reprendre le sport ?

Un bilan est particulièrement utile lorsque la douleur revient systématiquement à chaque tentative de reprise, lorsqu’elle est présente au repos, ou lorsqu’elle s’accompagne d’une perte de force ou de mobilité. Une consultation permet également d’identifier la structure exactement en cause et d’écarter d’autres diagnostics avant de construire un programme de reprise adapté.

Ce qu’il faut retenir

  • Après une pause, même de quelques semaines, le tendon, le muscle et la capacité cardio-respiratoire ont perdu une partie de leurs adaptations
  • Il n’est pas nécessaire d’attendre une disparition totale de la douleur pour reprendre une activité.
  • Le feu tricolore de la douleur (vert / orange / rouge) permet de savoir, mouvement par mouvement, s’il faut continuer, surveiller ou arrêter
  • La progression doit se faire d’une séance à l’autre, jamais au sein d’une même séance
  • Une douleur qui reste en zone rouge de façon répétée mérite un avis professionnel

Chaque tendinopathie et chaque historique sportif sont différents. Un bilan permet de fixer le bon point de départ et la bonne progression pour votre situation, plutôt que de suivre un protocole générique. N’hésitez pas à faire un bilan complet dans mon cabinet de chiropraxie.

Références scientifiques

  1. Silbernagel KG, Thomeé R, Eriksson BI, Karlsson J. Continued sports activity, using a pain-monitoring model, during rehabilitation in patients with Achilles tendinopathy: a randomized controlled study. American Journal of Sports Medicine, 2007.
  2. Demangeot Y, O’Neill S, Degache F, et al. Exercise parameters to consider for Achilles tendinopathy: a modified Delphi study with international experts. British Journal of Sports Medicine, 2025.
  3. Desmeules F, Roy JS, Lafrance S, et al. Rotator Cuff Tendinopathy: Diagnosis, Nonsurgical Medical Care, and Rehabilitation – A Clinical Practice Guideline. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy, 2025.
  4. National Strength and Conditioning Association / Collegiate Strength and Conditioning Coaches Association. Joint Consensus Guidelines for Transition Periods: Safe Return to Training Following Inactivity, 2019.

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